Lauréat du concours d’écriture expérience mécanique.

Voir la mer…

Là était le défi. Je venais d’être missionné pour résoudre un problème. La maison en question était trop loin de la mer pour même l’apercevoir. J’allais donc devoir faire « pousser » cette maison tout en sachant qu’il était formellement interdit de rehausser la toiture ! Finalement l’idée était simple… un ascenseur permettait de résoudre le problème… mais pas n’importe lequel. Il devait pouvoir supporter un bout de toiture, des personnes, être beau … et même plus, car son prix ramené au m² faisait de lui, finalement, presque qu’une œuvre d’art !

Je suis Nantais, et architecte d’intérieur doté d’un style très particulier …Cette ascenseur ressemblerait donc plus à une jolie machine qu’à un ascenseur. Mon arrière-grand-père était l’un des meilleurs amis de Jules Vernes…raison supplémentaire pour que cette « pièce » déroge à cette règle de construction, du métal riveté et du bois. La structure sera donc en fer riveté et rouillé. Afin que cette « Dernière » ne ressemble en rien à un ascenseur, il fallait une particularité significative.

Cette « Machine » est dotée d’un mat central, travaillé façon Eiffel sur ces 4 faces et doté à sa tête de 2 poulies pour faire passer les câbles de traction de la nacelle ainsi que d’une verrière de type fenêtre de toit. Ce châssis sera transparent et viendra poser dans une gouttière adaptée à sa taille et à la toiture. Le couinement des câbles inquiète les clients et autres visiteurs néophytes qui trainent dans l’atelier. Les remarques fusent, les yeux observent inquiets la scène. L’objet est encore trop peu avancé pour être totalement compris. Et oui, une nacelle, ou un plateau pourvu de garde-corps pour accueillir les passagers tentés de voir la mer. La machine prend forme : un mat et une nacelle qui coulissent le long de ce dernier sur une hauteur de 3 à 4 mètres. La plateforme fait près d’un m² et le bois qui la compose est du chêne de récupération de 3 cm d’épaisseur. Ce bois aussi vieux que Jules Vernes, et dur et sec comme la touche d’ébène ou de palissandre d’un violoncelle, est parfait pour supporter 2 ou 3 personnes. (L’expérience se doit de pouvoir être réalisée à plusieurs afin de pouvoir commenter le coucher du soleil sur Noirmoutier). Encadrée d’une cornière rouillée elle-même support de ronds métalliques de diamètre 1cm espacés de 11cm pour la « barrière de sécurité » : le garde-corps. Oui les dimensions sont précises et l’enjeu important. Pas question de voir tomber un enfant ou coincer des mains! Alors je vais devoir penser à la sécurité. Or cet aspect est pourvu d’incroyables contraintes techniques. Des capteurs partout ! A écouter le technicien qui vient m’aider sur le projet, je vais devoir doter ma machine de dizaines de capteurs : de poids d’ouverture, de fermeture, de fin de courses, de coupure d’électricité, de tension de câble, de rupture de câble… la liste est longue et j’avoue être un peu décontenancé ! J’imaginais une machine pas un sapin de noël ! L’ingénieur dessine, gribouille, évalue, et me propose. Je gribouille, dessine, et impose ! L’ingénieur grimace, gribouille et respire ! J’évalue, transpose et respire à mon tour.

La « machine » sera bien une Machine ! Les capteurs seront adaptés et eux aussi transposés en objets esthétiques… Bandes de cuivre de 2 m de long pour le contacteur, crochet en métal rouillé pour l’ouverture de la porte (le capteur sera en buté de ce crochet donc invisible), le capteur de tension de câble : une grosse poulie industrielle… l’automate qui sera en charge de la partie électronique sera intégrée dans une grosse boite en métal de type industrielle. Je donne la touche finale à l’objet ! Pourquoi faire simple quand on peut faire esthétique ! La nacelle est donc dotée de deux portes en angle. Aussi, c’est bien par un des coins de cette nacelle que les expérimentateurs devront grimper. Grimper, car la nacelle lorsqu’elle est au plus bas est toujours 40 cm trop haute. Les poulies, le moteur, les capteurs sont autant de contraintes qui obligent cette base de départ ! Base de travail très intéressante, car finalement l’escalier d’angle est un plus pour arborer mon « sapin » Mon engin est terminé.

Il est au milieu de mon atelier, les contributeurs sur le projet sont là. Laurent (le chef d’atelier) l’ingénieur est aussi présent, et une dizaine d’autres personnes pour voir s’élever dans les conditions réelles cette nacelle improbable qui ne débouche pour l’instant sur rien…. Tel les escaliers d’Escher ! J’appuie sur le bouton, le câble s’enroule et le couinement s’étend rapidement dans l’atelier. La nacelle bouge, le câble saute un rang et finit par « mordre et accrocher… c’est parti ! Les 3m50 de course se passent comme sur des roulettes, la nacelle déroule les IP qui servent de guidage, les capteurs captent, et les sourires se libèrent.

La Machine est aboutie. Prête à être installée.

 

Frédéric Tabary

 

1 Comment

  • Frederic TABARY dit :

    Je tenais à vous remercier pour votre soutien dans cette aventure, et je tenais aussi à remercier l’équipe pour ce concours original et décalé.
    Demain les textes présents dans ce concours ont toutes les chances de faire mieux que moi. La qualité littéraire des 3 autres participants étant nettement plus tenue….!!! Aussi la morale de l’histoire est que le plaisir est à prendre à chaque instant : avant, pendant et après! C’est exactement ce que j’ai fait!
    Ainsi je suis gagnant dans tous les cas !

    Bonne soirée et encore merci !

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