Thérèse Boutin

Thérèse Boutin,

« l’art est partout »

Thérèse Boutin, Présidente-directrice générale de l’Orchestre Symphonique de Québec – Québec, Canada

Quelle est votre vision de l’art ?

L’art est partout.

Je ne suis pas artiste dans le sens qu’on l’entend communément et je n’ai pas grandi dans un milieu artistique ou même d’appréciation de l’art. Mais il faut croire qu’il était autour de moi. Mes deux parents chantaient dans la chorale de l’église, j’ai chanté très jeune sans jamais apprendre la musique. Mon père disait que j’ai chanté ma première phrase complète ! Ma grand-mère avait les plus beaux jardins du village. Ma tante préférée était modiste, ses chapeaux étaient des oeuvres d’art et j’étais son mannequin préféré… chaque dimanche je portais un nouveau chapeau ! Et ma mère se faisait un plaisir de se remémorer ses soirées à l’opéra et au ballet avec son amoureux de l’époque lorsqu’elle était étudiante en soins infirmiers, en écoutant quelques disques d’opéra. Et un jour, j’avais 16 ans, la supérieure du pensionnat où je faisais mes études secondaires, m’a offert d’aller à mon premier concert… dans un aréna, pour aller écouter l’Orchestre symphonique de Toronto dirigé par Seiji Ozawa. Je m’en souviens comme si c’était hier… et j’ai toujours, entre les pages d’une pièce de Shakespeare, la lettre que ma mère m’avait écrite et dans laquelle elle avait glissé un billet de deux dollars pour me permettre d’aller à ce concert. L’art est autour de nous, et sous une forme ou sous une autre, il est accessible, pour tout le monde. Tous, adultes que nous sommes, avons la responsabilité de décocher des étincelles pour permettre aux plus jeunes de voir l’art qui les entoure, dans les jardins, l’architecture, la musique, les cafés cum galeries d’art, les concerts publics, etc. Et puis, un jour, on a les moyens financiers d’apprécier l’art derrière un guichet : un musée, un concert symphonique, un opéra… Apprécier l’art, ça s’apprend.

Quelle a été l’étincelle qui vous a amenée à devenir gestionnaire culturelle ?

Le hasard. J’avais fait un retour aux études pour un apprentissage académique de la gestion.

Par contre, j’ai toujours su que j’allais très tôt dans ma vie professionnelle être gestionnaire. Même si enfant, voire adolescente, je ne connaissais pas le mot. J’ai toujours été la chef ou le bras droit d’un chef. Et la même Mère supérieure qui m’avait proposé d’aller à un concert symphonique, m’a dit qu’elle souhaitait qu’un jour je la remplace et que pour ce faire, je devais entre autre élargir mes horizons culturels… à l’époque je n’ai pas compris, j’ai simplement eu peur de me retrouver prisonnière d’un couvent !

Mon premier job de gestionnaire culturelle a été avec le Théâtre du Nouvel Ontario où j’ai été responsable d’une campagne de financement pour la construction d’une nouvelle salle. Je ne connaissais rien au théâtre, encore moins au financement, mais j’ai eu la piqûre. J’ai aimé trimer dur, travailler avec deux fois rien, entourée de créateurs et de personnes dévouées et dédiées à leur art.

Qu’est ce qui vous allume dans votre travail ?

Tout.

Je carbure aux défis. Je n’ai rien à cirer d’un travail facile. Je suis une workaholic comme disent les Chinois de René Homier-Roy. Gérer un organisme à but non-lucratif et culturel est un travail difficile : maintenir des pratiques de bonne gouvernance, chercher l’équilibre entre l’artistique et l’administratif, entre l’artistique et le marketing, entre les finances et la philanthropie, et chemin faisant, trouver des artisans dévoués, des collègues inspirants et des artistes qui vous procurent des instants de pur bonheur. Que demander de plus.

Quelle est la chose que vous changeriez dans votre travail si vous en aviez la possibilité ?

Rien. C’est nous, en tant que gestionnaires, qui devons changer et nous adapter. Sinon, il faut partir. Je travaille avec la matière que j’ai. Chaque jour est une occasion d’apprentissage pour moi, et je l’espère, pour ceux autour de moi.

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